Fin 2025 : la confiance devient une infrastructure stratégique.
- Christophe Picou

- 15 déc. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 15 déc. 2025

Fin 2025, l’IA a cessé d’être un sujet “innovation”. Elle est devenue un sujet de direction, parce qu’elle modifie trois choses à la fois :
la manière dont le travail se fabrique,
la surface de risque numérique,
le degré de dépendance stratégique de l’organisation.
Et surtout : elle change la nature de la confiance. La confiance n’est plus un ressenti. Elle devient une infrastructure. Une infrastructure qu’on construit — ou qu’on découvre le jour où elle manque.
C’est exactement là que se situe la vision VEIA.AI : l’IA n’est utile que si elle est maîtrisée — et elle n’est maîtrisée que si elle s’inscrit dans une chaîne cohérente :
Gouvernance → Sécurité → Culture → Confiance → Innovation.
1) Ce que 2025 a réellement révélé
L’IA est entrée dans les entreprises par une porte latérale : l’usage.
Les équipes l’ont adoptée pour tenir la charge, accélérer, produire mieux. Et c’est logique : l’IA donne un avantage immédiat.
Le point clé, fin 2025, c’est que l’usage précède le cadre. Beaucoup d’organisations se retrouvent avec une IA “de fait” : diffuse, puissante, inégale, parfois brillante… et souvent non pilotée.
Ce n’est pas un problème d’outil. C’est un problème de cap.
2025 a aussi révélé une fragilité structurelle : l’IA densifie le travail autant qu’elle l’allège.
Quand l’IA est introduite sans doctrine, elle accélère… puis elle surcharge :
multiplication des variantes,
attentes plus élevées (“puisque c’est plus rapide…”),
plus de production, plus de validation, plus de risques d’erreur “propre”.
Fin 2025, le sujet devient clair : la performance ne vient pas de l’IA, elle vient du pilotage de la relation entre l’IA et l’organisation.
2) Le socle oublié : cybersécurité et IA sont désormais un seul sujet
En 2025, beaucoup ont parlé productivité. En 2026, la réalité impose un autre axe : l’IA agrandit la surface d’attaque.
Pourquoi ? Parce qu’elle touche :
les données (ce qui entre, ce qui sort, ce qui fuit sans intention),
l’identité (qui a accès, qui agit au nom de qui),
les chaînes de sous-traitance (outils, plugins, plateformes, prestataires),
la confiance (une erreur IA peut devenir un incident client, un incident RH, un incident juridique).
Et surtout : l’IA introduit un type de risque subtil, très “board-level” : la crédibilité automatique. Quand quelque chose est bien formulé, bien structuré, “ça a l’air vrai”. L’attaque moderne adore ça. La gouvernance doit l’anticiper.
La cybersécurité, ici, n’est pas un chantier “RSSI”. C’est une discipline de direction : quels usages sont acceptables, dans quelles conditions, avec quelles preuves et quelles limites.
3) L’autre pilier : la souveraineté (réelle, pas théorique)
Fin 2025, la souveraineté est souvent réduite à un slogan. Moi je la ramène au réel, à trois questions simples :
1) Où part la valeur ?
Si l’IA touche vos process, vos savoir-faire, vos décisions, alors elle touche votre avantage compétitif.
2) Qui dépend de qui ?
Le sujet n’est pas “local vs cloud” comme un dogme. Le sujet, c’est la capacité de garder la main :
contractualisation,
réversibilité,
traçabilité,
maîtrise des flux,
maîtrise des accès.
3) Quel est votre point de rupture ?
Une organisation solide sait répondre à : “Si ce fournisseur change les règles, augmente les coûts, ou limite l’accès… quel est notre plan ?”
La souveraineté, ce n’est pas un débat idéologique. C’est une assurance de continuité, un choix de dépendance, et une responsabilité vis-à-vis du métier.
4) Ce que l’IA touche vraiment : décision, donnée, identité, dépendance
C’est ici que beaucoup d’organisations se trompent de combat. Elles parlent d’outils, alors que l’IA agit sur quatre leviers structurants :
Décision : qui arbitre, qui assume, et à quel moment l’humain reprend la main.
Donnée : ce qui peut entrer dans l’IA, ce qui doit rester intouchable, et ce qui doit être traçable.
Identité : qui agit, qui autorise, qui contrôle — et comment on évite l’action “au nom de”.
Dépendance : réversibilité, chaîne fournisseur, capacité à continuer si les règles changent.
Ce n’est pas une grille théorique. C’est la base minimale d’une IA qui reste un levier — et ne devient pas un risque stratégique.
5) La vision VEIA : l’IA comme test de cohérence
Je le dis clairement : fin 2025, l’IA devient un miroir.
Elle révèle :
la qualité de la gouvernance,
la maturité cyber,
la solidité culturelle,
la capacité à trancher,
et le niveau réel de confiance interne.
C’est pour ça que je parle de lucidité. Parce que le danger n’est pas “l’IA”. Le danger, c’est l’IA ajoutée à une organisation déjà fragmentée.
Et à l’inverse : une organisation cohérente peut utiliser l’IA comme un levier propre, utile, durable.
6) Début 2026 : la bascule qui arrive (et ce qu’elle exige)
Le mouvement que je vois se dessiner pour 2026 est simple : on va passer de l’IA qui répond… à l’IA qui agit.
Agents, automatisations, enchaînements de tâches, orchestration : cela promet des gains plus grands… et des risques plus importants.
Quand une IA agit, trois sujets deviennent non négociables :
l’identité (qui autorise, qui signe, qui contrôle),
la traçabilité (qui a fait quoi, pourquoi, sur quelle base),
la responsabilité (qui assume le résultat).
Début 2026, beaucoup vont courir après “l’agent”. Les organisations solides vont d’abord sécuriser le cadre : gouvernance, cyber, souveraineté, culture.
7) Ce que j’attends d’un COMEX / Board fin 2025
Pas un catalogue d’outils. Pas une énième “roadmap IA” générique.
J’attends une chose : un cap tenable.
Un cap, c’est la capacité à répondre simplement à :
“ce que nous voulons accélérer”,
“ce que nous protégeons”,
“ce que nous refusons de déléguer”,
“ce que nous acceptons comme dépendance”,
“comment nous gardons la main”.
Quand ces points sont clairs, l’outil devient un détail. Quand ces points restent flous, l’outil devient une fuite en avant.
Conclusion : la confiance se construit par design… ou se paie par incident
Fin 2025, je résume ainsi :
L’IA ne récompense pas les organisations enthousiastes. Elle récompense les organisations cohérentes.
Celles qui construisent la chaîne complète : Gouvernance → Sécurité → Culture → Confiance → Innovation.
En 2026, la confiance ne se décrètera plus. Elle se construira par design — ou se paiera par incident.


